L’Eau en Surplus et le manque d’eau – Extrait  »le Syndrome des inondations », p.134.

III.1.5. – L’Eau en Surplus et le manque d’eau

Chassées par les eaux, les populations de Donaye manquent d’eau. Quelle ironie du sort ! Dans tous les cas des localités inondées, l’eau d’inondation pose le problème de l’eau potable et globalement celui de l’assainissement, celui des toilettes et des fosses septiques. La pureté en relation avec les mosquées et la prière pour les musulmans est une dimension qu’il faut explorer.
A Donaye ‘’Réfugiés depuis le 5 Octobre 1999, environ 4635 victimes des inondations attendent toujours l’aide de l’État. Ils se partagent 3 puits !
Les populations ont essayé d’esquisser un plan de lotissement en attendant l’accord du gouvernement. Ici, on note l’éternel besoin d’une appropriation d’un bout foncier clairement défini. Ces populations qui s’installent provisoirement resteront définitivement. Quant au statut, il est confié au futur le plus hypothétique. C’est clair, la leçon est bien comprise. Il n’est plus question de s’exposer aux contraintes et menaces environnementales. Le coût est suicidaire pour des populations démunies.
Dans ce cas de Donaye, a émergé un problème qui n’est pas vécu en ville. Il s’agit d’une dimension sociale propre au statut. En effet, la caste a servi, ici, à la marginalisation de certaines victimes au moment de la distribution des vivres et autres dons. Comme, qui dirait que, parmi les victimes des inondations à Donaye, il existe une catégorie singulière, victimes expiatoires des victimes. C’est une autre dimension du sinistre qui doit être difficilement explorable. L’eau des inondations est une « eau sale » dans le cas de la vallée. Mais enfin, sans pouvoir y consacrer le développement nécessaire, retenons simplement que c’est par l’eau que tout le fondement des castes est déterminé en Inde, où il existerait plus de 3000 castes![1]
A la veille de la saison des pluies de l’an 2000, ces populations qui souffraient déjà de malnutrition, étaient exposées au paludisme, à certaines maladies pulmonaires qui sont accompagnées de manifestations diarrhéiques, et à la menace des pluies diluviennes. Dans ce contexte, une véritable psychose affecte les populations. La plupart des déplacés ont un problème d’habitat décent. Les toilettes du HCR et d’autres organisations n’ont pas résisté au temps, 8 mois simplement ! Le précaire et le provisoire en Afrique ont une viduité inadmissible. Tout semble être hors délai, lorsqu’il s’agit du temps[2]. Et à l’époque, la sécheresse sahélienne est plus mise en exergue que le phénomène des inondations. Pourtant tous deux ont largement contribué à l’exacerbation du stress des populations par la psychose qui suit le dénuement et la fuite en avant. Le processus d’appauvrissement par effet cumulatif a été évoqué plus haut.
L’eau courante (potable) est un dilemme et une contradiction. L’autre problème majeur est lié au même type de besoin, il s’agit de l’eau courante pour l’hygiène et les toilettes. Si l’on sait que la plupart de ces quartiers sont dits ‘’flottants’’ et ne disposent pas d’un réseau d’alimentation adéquat et d’évacuation. En cas de besoin, tout vient rejoindre les eaux stagnantes des inondations. Il s’organise un mélange fétide qui expose les victimes et les acteurs qui cherchent à les sortir du problème, notamment les sapeurs-pompiers. Les risques épidémiologiques, explosent et entraînent les pertes en vie humaine (paludisme et choléra). Mais aussi les coûts pour faire face à ces maladies contribuent, le plus, à déstabiliser les victimes sociales et l’État. Les moyens qui étaient alloués à différents programmes de lutte ou de protection de l’enfant sont officiellement détournés de leur objectif pour faire face à une situation ponctuelle. C’est cela la perte pour l’État et les communautés dans une sorte de spirale du recommencement. Tout le monde a intérêt dans une bonne hygiène et santé communautaires[3].



[1]Cf. Document rapport du Groupe Transfrontalier sur les inondations ; quant au système des castes en Inde, Cf. Dumont, L. 1979 – Homo hierarchicus. Essai sur le système des castes. Edition Gallimard.
[2]Cf. Meyer N, l’émergence de la prise en compte de la théorie des réfugiés environnementaux.
[3]Cf. les maladies qui émergent comme la rougeole et la dengue.

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