Inondation et émigration clandestine

http://www.seneweb.com/news/Video/documentaire-senegal-inondation-immigration-clandestine-l-ocean-atlantique-un-cauchemar-des-senegalais_n_125118.html

Voir Mame Demba THIAM, Le Syndrome des Inondations au Sénégal.
Presses Universitaires du Sahel, 224 pages

 – Extrait « Le Syndrome des inondations au Sénégal », p.201-202.

La transition est vite trouvée avec l’inondation des cimetières[1]. Le cas échéant, on a besoin de morgue. Rien que la saturation des niveaux peu profonds, par le biais de la nappe phréatique, pose un problème sans solution. On ne peut pas attendre. Il faut changer de cimetière. Ce qui n’est pas évident dans bien des situations urgentes notamment dans les régions. Une dimension à surveiller, comme le recommandent certains spécialistes, au sujet de l’eau et des identités.
Dans les deux cas, l’inondation, par les eaux de pluie, est moins redoutée que la souillure par les eaux des fosses septiques qui sont souvent mélangées aux eaux de ruissellement.
L’inondation des marchés est aussi une perte inestimable. Non pas avec le coût des marchandises et autres denrées qui peuvent être affectées. Mais en ce qu’elle participe à amplifier les pertes par l’absence d’activité d’un jour à l’indéfini. Toutes activités cessantes affectent les ressources des municipalités perçues quotidiennement ou à un intervalle donné. Ce que l’on perd est également dans l’ordre de l’inestimable.
L’ignorance est une forme de la pauvreté à l’heure d’un développement planétaire prôné dans une démarche qui encourage le bien-être pour tous. Elle introduit la prévention, la prise en charge qui est absente dans le cas de nos pays pauvres. La technicité et la technologie à mobiliser pour faire face et qui font défaut participent toutes du niveau de pauvreté.
Par les inondations, il s’est établi une échelle dérégulée des espaces urbains et ruraux. A l’interface de ces deux composantes, la vulnérabilité des populations est organisée par la destruction et  déstructuration des systèmes économiques et sociaux suivant les diverses formes de migrations notées sur de courtes distances, saisonnières, sur de longues distances et plus durables, à l’entrée des villes (banlieues) où sont installées les populations pauvres. A partir de ces sites, vont s’organiser d’autres types de migrations entrepris par les jeunes en direction de l’Europe suivant des formes clandestines qui ont utilisé des pirogues surchargées qui renvoient l’image des ‘’boat-people’’ connus dans les expéditions asiatiques vers l’Europe. Aujourd’hui, si les circuits sont plus ou moins bien maîtrisés, les études qui expliquent la sociologie de l’espérance sont insuffisantes. Est-ce que ces catastrophes naturelles, avec la perte de repères et d’espoir, n’ont pas participé à pousser certains jeunes à se lancer dans cette odyssée du suicide ? D’autant plus que certaines zones qui ont constitué les points de départ, cités en référence, ont été longtemps affectées par le phénomène des inondations. Dans ce cas, il faut voir le cas de Thiaroye qui a payé son lourd tribut à la mer.
Nos pays sont de moins en moins caractérisés comme à forte prédominance rurale et où les économies agricoles ne soutiennent plus la survie des familles. Ceci commande la faiblesse du taux de scolarisation et d’alphabétisation et explique, par ailleurs, les comportements face aux sites qui prédisposent aux inondations. Cela permet aussi de mieux comprendre le processus d’appauvrissement lié à un système de consommation (un pouvoir d’achat faible qui achète des produits même céréaliers importés) pour des bourses assez faibles installées à la périphérie de grandes villes comme Dakar et Kaolack. Cette situation peut entraîner des conditions de malnutrition et d’insuffisance alimentaire qui placent ces populations aussi dans des cercles de risques qui appartiennent à un autre âge.

Par ailleurs, il s’y ajoute une faiblesse d’accès au réseau électrique par le coût exorbitant de l’équipement et de la consommation domestique. L’alimentation en eau potable est soumise aux mêmes contraintes pour l’accès et les prix au m3. Les systèmes d’assainissement et d’évacuation des ordures sont encore plus problématiques. En les abordant, l’on débouche sur les conditions d’hygiène et de santé auxquelles sont confrontées les victimes des catastrophes naturelles, notamment les inondations. Il s’agit, ici, des épidémies dont la plus meurtrière est le paludisme, suivi du choléra. Les impacts, au plan sanitaire, ne sont pas aujourd’hui suffisamment étudiés. La conjonctivite et les autres maladies de la peau sont aussi des indicateurs qui renseignent sur le niveau de pauvreté et l’insuffisance de la qualité des soins



[1] – Cas des cimetières de Thiaroye, Pikine en 2009, en 2010, celui de Diamaguène Sicap Mbao est aussi inondé. A Saint-Louis, le cimetière de ‘’Thiaka Ndiaye’’ sis à Guet Ndar semble détenir le record d’inondation au Sénégal (cf. Sud-Quotidien n°1976 du Jeudi 4/11/1999, p.4.).

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