Les inondations récentes au Sénégal : la vulnérabilité entre politique, pauvreté et banalisation du risque

Les inondations récentes au Sénégal : la vulnérabilité entre politique, pauvreté et banalisation du risque
Mame Demba THIAM
Sigles et abréviations
ARD : Agence Régionale de Développement
CADAK – CAR : Entente des Communautés des Agglomérations de Dakar (CADAK) et de Rufisque (CAR)
CNPLI : Cellule Nationale de Prévention et de Lutte contre les Inondations
CONAGPI : Commission Nationale de Gestion Prévisionnelle des Inondations
CRS : Christian Reliefs Services 
CSA : Commissariat à la Sécurité Alimentaire
CSPC : Commission Supérieure de la Protection Civile
DEE : Direction de l’Enseignement Elémentaire
DGPRE: Direction de la Gestion et de la Planification des Ressources en Eau
DPC : Direction de la Protection Civile
DPRE : Direction de la Planification et de la Réforme de l’Education
DSCOS : Direction de la Surveillance et du Contrôle de l’Occupation des Sols
DSRP : Document Stratégique de la Réduction de la Pauvreté
FDV : Fondation Droit à la Ville
FOREF : Fonds de Restructuration et Régulation foncière
FSN : Le Fonds de Solidarité Nationale
GFDRR : Global Facility for Disaster Reduction and Recovery [Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement]
GIE : Groupements d’Intérêts Economiques du drainage.
GNSP : Groupement National des Sapeurs-Pompiers
GTZ : Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit [Coopération technique allemande]
HASSMAR : Haute Autorité chargée de la coordination de la Sécurité maritime, la Sureté maritime, et de protection de l’environnement Marin
IFRC : Fédération Internationale des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge
IRA: Infections Respiratoires Aigues
OCHA : Office for the Coordination of Humanitarian Affairs [Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires]
OHLM : Office des Habitations à Loyer Modéré 
OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement
OMS : Organisation mondiale de Santé
ONAS    : Office National de l’Assainissement du Sénégal
ONG : Organisation Non Gouvernementale
ORSEC : Organisation des Secours
PAM : Programme Alimentaire Mondial
PANA : Plan d’Action National d’Adaptation
PANNA : Plan d’Action National pour l’Adaptation aux changements climatiques
PAQPUD
PDA : Plan Directeur d’Assainissement
PDNA : Evaluation des dommages, pertes et besoins post désastres
PEPAM
PIB : Produit Intérieur Brut
PNPRRMC : Plateforme Nationale pour la Prévention et la Réduction des ???
PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement
PRCPE : Projet de Construction et de Réhabilitation du Patrimoine de l’Etat
PRSQ : Politique de Restructuration et Régulation des Quartiers Spontanés
SAP : Système d’Alerte Précoce
SENELEC : Société Nationale d’Electricité
SICAP : Société Immobilière du Cap Vert
SONES : Société Nationale des Eaux du Sénégal
Résumé
Lorsque le premier régime libéral s’installe en mars 2000, le phénomène des inondations au Sénégal est l’un des points chauds qui préoccupent les acteurs de l’alternance démocratique[1]. C’est un slogan de campagne électorale qui a fortement marqué les esprits de l’époque jusqu’à paraître comme une sorte de joker politique ayant contribué à affaiblir le système socialiste (Fall 1999). Un programme test est lancé et la région de Saint-Louis et quelques villes de l’intérieur préoccupent plus. A la veille de la fin de règne, Dakar et sa banlieue ne sont plus à prendre en charge par l’Etat et ses démembrements, mais « les collectivités locales seront accompagnées en vue de soulager les populations vivant dans les zones inondables »[2]. La prospective politique a tellement occupé le champ des réponses étatiques en termes d’assainissement (PAQPUD, le PEPAM) que les réponses, en vue d’éradiquer le syndrome, ne sont vues qu’en filigrane de promesses (Thiam 2011).
Des études ont été suffisamment conduites par des experts de renom (Sénégal-BM 2010). Malheureusement, les conclusions n’insistent que sur les besoins postérieurs à la catastrophe. D’autres démarches de formations appuyées par des partenaires internationaux ont listé les étapes de prise en charge en relation avec l’alerte rapide et l’organisation des secours (DPC 2009). Tout est dans une sorte d’habitude réactive, de banalisation et moins prospective). On sait ce qu’il y a lieu de faire en cas de catastrophe avec des moyens inégalement répartis à travers le pays suivant une coordination assurée par la Direction des Opérations Stratégiques logée au Ministère de l’Intérieur et en rapport étroit avec la Défense Civile qui est une des attributions de la Direction de la Protection Civile. Le schéma de solution durable, évoqué en ritournelle par les différents gouvernements au cours de la décennie passée, fait appel à un programme directeur élaboré en 1994 et qui cherche certainement à opérer le maillage territorial en vue de régler la grande problématique de l’assainissement au Sénégal. Les moyens institutionnels n’ont jamais été ajustés à l’échelle dynamique de la catastrophe dont les tentacules ont fini d’ourler le territoire. De 2000 à 2012, les acteurs gouvernementaux sont passés du tâtonnement politique au bricolage technique. Ce qui a précipité les victimes des inondations dans une désillusion sociale inédite.
Introduction
Depuis environ un quart de siècle – l’annonce prodromique est enregistrée en 1989 – un rendez-vous avec le phénomène catastrophique des inondations est  inscrit, comme événement tragique, dans l’agenda national. La saison des pluies, connue sous l’appellation populaire d’hivernage, est une saison de malheurs avec son cortège de drames. «Le bonheur des uns faisant le malheur des autres». D’un point de vue historique, cette saison a toujours été attendue par une agriculture sous-pluie. Lorsque la pluviosité a connu une péjoration drastique ayant affecté la régularité des apports jusqu’à conduire à un épisode sec, certains l’ont rapproché d’un cycle de sécheresse sahélienne (Lake 1997). La réduction de la pluviométrie a commencé en 1968. C’est ce qui introduit les fameux programmes de lutte contre la sécheresse qui voient naître le Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel. Les migrations saccadées qui en résultent vont, en même temps, déstructurer les composantes relationnelles villes-campagnes et introduire ce mythique « exode rural ». En effet, des flux migratoires lités vont s’organiser. Ils sont proches d’un écheveau tourmenté d’une pelote difficile à démêler, tellement l’enchevêtrement comprend des nœuds inextricables. C’est dans ce contexte complexe que la confusion va se révéler, par les apports pluviométriques qui vont stagner en fonction du temps et des environnements. En fin de compte, les espaces ont été dichotomisés et, par analogie, les inondations sont urbaines ou  rurales.
Les spécialistes du climat ont montré, à l’aide de statistiques historiques, qu’il ne s’agit pas d’un retour d’une pluviométrie à la Normale et les totaux annuels qui sont atteints sont loin des valeurs habituelles ou moyennes (Sagna 2009). Les apports pluvieux peuvent être plus importants ou moindre à l’avenir. Cette hypothèque a été désignée, par ailleurs comme un syndrome complexe (IHDP 1999). De nos jours, le déficit pluviométrique affecte toujours le Sahel. Ainsi, la causalité des inondations, au-delà des faits cosmiques, est intégrée au changement global de l’environnement, aux changements climatiques et à de nombreux autres facteurs sur lesquels notre travail n’insiste pas et, qui ont des rapports étroits avec la démographie, les habitats et les activités.
Cependant, notre étude porte sur l’occurrence d’un phénomène qui est attendu comme un fait récurrent et qui n’est pas un cycle. Il s’agit plus d’un « complex system » (IHDP 1999). En effet, c’est un fait physique qui s’est substitué en drame social. Et de ce point de vue, le phénomène des inondations au Sénégal est un révélateur des inégalités environnementales et sociales. Car les sites qui sont prédisposés à la catastrophe, dans les villes, sont assimilés aux banlieues. Et du coup, les facteurs sont tissés comme des fils arachnéens dans un maillage socio-spatial qui intègre la catastrophe dans la complexité dialogique environnements – communautés ou (habitats-infrastructures) versus (populations et activités). Lorsqu’on y ajoute l’organisation administrative d’une territorialité qui se cherche depuis l’indépendance, la complexité rajoute à la confusion la grande question de la gouvernance et de la gestion de la catastrophe (réformes territoriales de 1976, 1981, en plus des délégations spéciales). Le statut économique, organisé en échelle de vulnérabilité – depuis l’Etat jusqu’au citoyen – ramène en surface une interpellation de justice, d’équité, d’égalité et de démocratie face à la catastrophe. La grande question qui revient en refrain est : « qui gère quoi en cas de catastrophe et, particulièrement, en cas d’inondation ? » Au Sénégal, la structure des habitats et des revenus n’influence, en aucune manière, celle des coûts et des pertes attachés à la catastrophe (Sénégal-BM 2010).
La situation vécue entre 2000 et 2011 est particulière selon une chronologie qui n’est pas linéaire. En effet, des phases sont enregistrées au rythme des saisons. En cherchant les singularités, on distingue quelques phases majeures :
          La période d’euphorie et d’espérance (2000-2004) qui montre un tâtonnement politique dans la gestion des inondations.
          L’explosion de l’année 2005. Elle marque le déplacement des populations et la naissance de l’ère « Jaxaay[3] », le report, avec couplage, des élections législatives et présidentielles. Elle est suivie d’une pseudo-accalmie en 2007.  L’hivernage 2008 correspond à la grande promenade du Président de la République dans les eaux de la banlieue avec le premier silence assourdissant qui tonne encore comme un aveu d’impuissance (son 2ème grand silence est postérieur au lendemain des évènements du 23 juin 2011).
          Le laminage politique au grand test des élections locales de mars 2009 est un avertissement pour les joutes futures et cela, deux saisons pluvieuses avant la fin de règne du régime libéral.
          L’année 2010 symbolise l’ère Diamniadio-Tivaouane Peul, ou l’arlésienne des maisons préfabriquées, un autre programme de logement annoncé et jamais concrétisé.
          La dernière saison des pluies sous le règne d’Abdoulaye Wade, en 2011, montre une gestion parcimonieuse par les comités locaux de lutte contre les inondations et l’entrée en matière du bricolage de la canalisation par des entreprises ingénieuses et, avec des matériaux de seconde main comprenant entre autres, les anciennes buses démontées de la conduite du forage de Thiaroye.
Une grille de lecture, appliquée aux différentes déclarations de politique générale prononcées par les Premiers Ministres entre 2000 et 2009, permet de cocher les termes clefs qui nous servent d’éléments explicatifs. Le repérage textuel indique l’importance portée à l’assainissement, l’évacuation des eaux usées ou pluviales, le phénomène des bidonvilles, de la vulnérabilité, la pauvreté des personnes en situation de risque et de menace. Les différentes réponses susceptibles d’être apportées par les politiques élaborées insistent sur des propos politiques, politiciens, techniques, technocratiques qui occultent délibérément les mots attachés à la catastrophe. En effet, Moustapha Sall et Souleymane Ndéné Ndiaye prononcent le mot inondation (4 fois) dans leurs différents discours. Alors que les autres n’en font pas cas. La technique utilisée insiste singulièrement sur l’habitat irrégulier et la grande problématique de l’assainissement urbain et rural (Soumaré 2007 ; Ndiaye 2009). Une attention particulière est portée aux mots sensibles tels que le sinistre ou le sinistré. Alors que le mot pauvre ou pauvreté revient dans tous les discours. En analysant la date du discours et les événements « inondation » et compétitifs « élection présidentielle ou législative » qui se seraient déroulés antérieurement à la déclaration de politique générale, on comprend mieux la portée d’insistance politicienne attachée à la catastrophe (Niass 2000) ou technique (Soumaré 2007). La pauvreté (23 fois par Niass 2000) remporte la palme sur l’assainissement (16 fois par Soumaré 2007), cf. infra les phases signalées.
Premier Ministre
Occurrence des Mots-clefs
Assainissement
Inondation
Evacuation des eaux
Pauvre ou Pauvreté
 Sinistre ou Sinistré
Eaux usées
Date
Moustapha Niass (Av. 2000-Mars 2001)
3
4
1
23
1
2
20.07.2000
Mame Madior Boye (mars 2001-novembre 2002)
1.8.2001
Idrissa Seck (nov. 2002-av. 2004)
1
0
0
4
0
0
3.2.2003
Macky Sall (Av. 2004-Juin 2007)
2
0
0
3
0
2
20.10.2004
Cheikh Hadjibou Soumaré (Juin 2007-Av. 2009)
16
0
1
9
2
1
17.09.2007
Souleymane Ndéné Ndiaye (Avril 2009-Mars 2012)
6
4
1
5
0
1
23.07.2009
Tableau 1- Occurrence des mots-clefs extraits des différentes déclarations de politique générale présentées par les PM de 2000 à 2009.
Entre la position culturelle et la situation économique, il émerge comme une sorte de banalisation du risque et de la vulnérabilité face à la catastrophe. Il n’est pas question de gouvernance de la catastrophe. La question politique apparaît plutôt comme un tâtonnement. Aucune politique d’anticipation n’a été élaborée depuis que le Sénégal est indépendant. Des connaissances scientifiques ont été tellement rassemblées par différentes études qui proposent rarement des solutions durables. Des faits d’adaptation que, nous désignons comme des « adaptabilités » situationnelles ou contextuelles, peuvent être évoqués pour la période choisie. En effet, des milliers de personnes cohabitent avec les eaux depuis des décennies, suivant des stratégies plus individuelles que communautaires.
Le squat des écoles a été un fait qui a hypothéqué certaines rentrées scolaires (en 2000 à Kaolack, Dakar, Saint-Louis, en 2005 à Dakar et Kaolack). En 2005, il n’était pas possible de faire autrement que de cohabiter avec les sinistrés qui occupaient les établissements scolaires. En 2008,  au plus profond d’une saison pluvieuse, surtout à Dakar et Saint-Louis, le Ministre de l’éducation nationale avait fermement recommandé de ne pas héberger les victimes des inondations dans les écoles publiques.
Les écoles inondées permettent de soulever une question largement débattue quand la prise en charge a occupé le cœur d’un débat équivoque en 2009 surtout, entre les tenants du pouvoir central qui venaient de perdre les élections locales et l’opposition qui venaient de remporter les élections locales à la tête d’une coalition dénommée « Benno Siggil Senegal ». Toutes sortes d’arguments ont été brandies. Les positions de force et de faiblesse ont poussé les exégètes de divers textes jusqu’à convoquer des alinéas qui venaient juste en appoint aux divers codes : de l’eau, des collectivités locales, de l’habitat, de l’urbanisme ou de l’assainissement.
L’intérêt discursif permet de cerner la vacuité des textes de loi que l’on adapte en fonction de la position de faiblesse ou de force politique que l’on occupe (Abdoulaye Wade en 1999, Djibo Kâ, Moustapha Niass en 2000 – cf. sa déclaration de politique générale, Seydou Sy Sall en 2001, Sitor NdourConseiller spécial du Président de la République, Souleymane Ndéné Ndiaye Premier Ministre, Cheikh Guèye Adjoint au Maire de Dakar, El Hadj Malick Gakou en tant que Président du Conseil Régional de la Ville de Dakar) ont tous tenu des propos variables en fonctions des positions politiques de pouvoir qu’ils occupaient..
Une sorte de dispersion juridique est notée entre les compétences transférées et les attributions de l’Etat à propos de gestion des catastrophes liées aux eaux. Une structure dénommée « Office National de l’Assainissement du Sénégal », (ONAS), est exemptée de compétences dans l’évacuation des eaux de pluie (voir le PROGEP à Dakar en 2009 et le Plan Directeur de Drainage des Eaux Pluviales). La question approfondie plonge les préoccupations de ceux qui réfléchissent finalement dans des considérations sémantiques et conceptuelles qui débouchent sur des schèmes paradigmatiques qui n’apportent rien comme solutions. Car, il ne s’agit pas de débats juridique, politique ou épistémique, mais d’apporter des réponses durables à une demande sociale fortement populaire. Les interpellations sont sérieuses. Aux plans socioéconomiques et politiques, tout y passe. L’Etat a tenté des solutions interventionnistes qui ont baissé d’intensité, année après année. Des situations sont apparues en urgence nationale comme c’est le cas en 2005 jusqu’à bouleverser le calendrier électoral. Pendant longtemps, on a cherché à montrer que les indicateurs macroéconomiques n’étaient pas affectés par cette catastrophe (Sénégal-BM 2010), mais au regard du nombre de victimes et des impacts socioéconomiques (à l’échelle microéconomique) échelonnés dans le temps, on mesure la portée d’appauvrissement qu’exerce ce phénomène et l’aggravation de la vulnérabilité au sein des communautés menacées ou affectées.
Rappel du contexte politique, 1999-2000
En 1999, la campagne électorale pour l’élection présidentielle s’est déroulée à une période d’inondation mémorable au Sénégal. En effet durant l’été 1999, la catastrophe a affecté la vallée du fleuve Sénégal. De nombreux villages sont déplacés. Le plus célèbre est celui de Donaye qui s’est installé à Tarédji. Saint-Louis a vécu une saison apocalyptique. Kaolacket d’autres régions ont été affectés de manière dramatique. La banlieue de Dakar a connu un record de quartiers inondés. Si bien que les inondations sont entrées comme slogan dans les thèmes de la campagne électorale. Les promesses avaient indexé le gouvernement socialiste comme incompétent (Abdoulaye Wade à Saint-Louis, Djibo Kâ au Gandiolais, Moustapha Niass a offert plusieurs dons, etc.). Et l’eau des inondations a intégré comme un Jokerla scène politique. L’apport de secours en 1999 se résumait à quelques kilos de riz par famille et des ustensiles accompagnés de détergent ou savon, etc. Certaines sources ont souvent évoqué quelques malversations dans la distribution des secours aux nécessiteux et les informations relayées par la presse écrite (cas à Kaolack et Vélingara).
En mars 2000, le changement, et quatre ministres de l’alternance visitent la banlieue de Dakar. Le Premier Ministre Moustapha Niass promet une anticipation à l’aide d’une cartographie des zones affectées (cf. les propos du Premier Ministre au conseil Interministériel consacré à la question et sa déclaration de politique générale). Les jeunes de la banlieue dakaroise organisent une marche d’anticipation sur l’avenue Malick Sy (Oumar Khassimou Dia et Cheikh Sarrde Niax Djerinu sont en tête). A Kaolack, une marche est organisée par les victimes potentielles des inondations. Partout, l’alternance politique suscite des espoirs. On déroule une promesse de restructuration des quartiers inondés, avec la collaboration d’une fondation dénommée ‘’Droit à la Ville’’ ou FDV qui propose un bail de 50 ans aux propriétaires des terrains dans certaines communes d’arrondissement. Les Ongs sont visibles sur le terrain et la coopération allemande active son réseau pour l’électrification en s’appuyant sur la GTZ. L’alimentation en eau  et la régularisation de l’assiette foncière des quartiers flottants nés du processus dit spontané sont les deux mesures d’accompagnement qui sont préconisées.
C’est dans ce contexte dichotomique, entre inondations urbaines et rurales, que se déroule le début de l’alternance politique avec le premier régime libéral. Le régime socialiste estimait à 17 milliards la somme nécessaire pour lutter contre les inondations (Almamy Mathew Fall mettait en garde ses camarades de parti sur la possibilité d’affaiblissement que pouvait subir Abdou Diouf avec la catastrophe des inondations). Abdou Diouf promit de mettre sur la table 3,5 milliards à tirer d’un fonds (virtuel) des calamités et de solliciter les bailleurs internationaux en vue de la réalisation du plan directeur de l’assainissement (1994). Ces derniers ne réagiront pas. C’est dans ce contexte difficile que le pouvoir libéral, à ses débuts, trouve le champ complexe du phénomène des inondations.
Le territoire des inégalités «environnementales et sociales»
Il s’agit d’un rappel du contexte spatial et climatique avec une causalité difficile à élaborer suivant l’échelle nationale. En effet, le Sénégal est un pays sahélien qui appartient à un bassin sédimentaire faiblement diversifié par un écoulement permanent. Mais, en utilisant le drainage comme clef de lecture, il se caractérise, aussi, par une répartition topographique généralement monotone et fortement détaillée à l’échelle micro-topographique. Lorsqu’on tente de débrouiller toutes les unités physiographiques, on obtient une structuration par des pentes faibles qui sont désorganisées, pour plusieurs raisons, notamment anthropiques. Il se développe, à cet effet, des phénomènes de stagnation habituellement désignées par le terme « inondations », surtout quand les habitats sont affectés, de même que le confort communautaire (routes et autres infrastructures). Les eaux qui stagnent, année après année, finissent par donner une coalescence et des perturbations répétitives. Dans certains sites, une recomposition d’un drainage ancien est notée. Rien d’extraordinaire ne s’est déroulé que la mise au jour de mares, de marigots et de drains intermittents disparus au bénéfice de la brève période sèche qu’a connue le pays.
Les villes et leur banlieue (quartiers innombrables et aire des insécurités)
A l’image de Dakar, ville-capitale, qui voit se constituer autour de Pikine – une  banlieue préfabriquée à partir de 1952 – une constellation de greffons hybrides qui tournent en satellites avec un statut de « ni ville, ni campagne » (Thiam 2011). Il s’agit d’une morphologie qui s’organise en dessinant aussi une structure urbaine périphérique, officiellement désignée par d’autres termes que l’on confond avec la ‘’banlieue’’ (bidonville, habitat spontané, etc.). En questionnant ces appellations, on se rend compte d’un parcours sémantique qui a son pas de temps, d’espace, de démographie, de réalités économiques, sociales et même d’environnements physiques, quel que soit l’exemple de ville choisie. Ces environnements, dans le cas de Dakar, et ailleurs, sont des aires non aedificandi, a priori, et d’un point de vue naturel ou juridique. Pourtant, elles forment les parties les plus peuplées du pays en termes de densités absolues et relatives. Partout au Sénégal, les statuts fonciers les plus complexes sont intimement retrouvés dans les aires de banlieues. Les tentatives d’organisation administrative ont rendu plus confus les statuts fonciers et les statuts administratifs. En théorisant l’exode rural, on a cru partout que les occupations étaient irrégulières. Et de quartiers flottants ou bidonvilles, on est passé à des régularisations officieuses. Tout est assis autour des délégués de quartiers, des chefs de quartiers et de la communalisation. L’administration territoriale, dans des réformes de ‘’distanciation’’ ou sur le papier, a procédé à des découpages à l’emporte-pièce. A partir des statuts villageois, des quartiers ‘’urbains’’ vont être fabriqués par reconnaissance tacite de l’autorité prônant le prolongement de l’Etat. Les maires des communes vont être élus suivant ce découpage qui n’est pas officiellement admis au point de vue foncier et officieusement reconnu par la territorialisation. Les nouvelles localités de la banlieue de Dakar vont s’accrocher aux statuts des villages traditionnels. Dans d’autres villes, comme Kaolack, Saint-Louis, Thiès, Diourbel, etc., le même processus est enregistré. Des quartiers vont être créés de toutes pièces. Certains ont accueilli de nombreux migrants ayant délaissé l’agriculture sous-pluie, et d’autres, au bénéfice des déguerpissements urbains, sont le fait de transfert de populations depuis les zones proches du plateau à Dakar. Ces nouveaux quartiers ont repris les mêmes noms que ceux de leur quartier d’origine ou des noms qui suscitent l’espoir d’y rester de manière durable. Les villes qui se constituent vont être rattrapées par l’adduction en eau et l’électrification. Ce qui participe d’une sorte de légitimation de fait. En visitant la taille des parcelles, on comprend aisément la restitution du contour de ce parcellaire agricole de l’époque anté-sécheresse. Une substitution totale des activités agricoles s’opère par l’occupation d’un habitat dit en dur, réalisé le plus souvent avec des matériaux hétéroclites (portes, fenêtres, la baraque est revenue avec la tôle ondulée ou le zinc). Et du coup, chaque maison, d’un quartier,révèle, par rapport aux autres, par les matériaux de construction et l’apparence, toutes les inégalités sociales. Dans leur totalité, les quartiersdes banlieues montrent diversement les inégalités environnementales. Au bénéfice de la sécheresse, la progression de l’occupation s’effectue au détriment des formations sableuses. Les dunes sont terrassées. On opère un comblement des parties déprimées. Les voies d’eau sont détournées. Généralement, peu d’effort est nécessaire, en raison d’une pluviométrie déficitaire. L’attrait par les coûts faibles, pour des surfaces qui prolongent la grande ville, finit par organiser toute une identité attachée à une socio-économie de la banlieue (cf. le banlieusard, Wone 1999). Les activités et les revenus des populations qui occupent les sites les plus affectés montrent, de manière générale et structurelle, comment la distribution des conditions environnementales se calque comme un transparent sur les niveaux de pauvreté (Sagna 2009 + figure). Tout est hiérarchisé. On habite comme on peut, en fonction des revenus, et on survit face à la catastrophe, aussi, en fonction de son statut. Les stratégies, par échelles et degrés, vont être lues latéralement et en hauteur à l’aide de l’habitat. Des constructions en hauteur vont pousser pour répondre aux contraintes des eaux stagnantes, à défaut de remblaiement horizontal qui finissent par révéler la fugacité des solutions de première étape au Rez-de-Chaussée.
Dans les quartiersdits réguliers, les systèmes d’assainissement vont être obsolètes par un dimensionnement qui a été dépassé par les démographies et les modifications des constructions qui s’étalaient horizontalement et qui ont fini par se poursuivre en hauteur avec des immeubles (cités OHLM et SICAP). Aujourd’hui, le fait des stagnations et ralentissements des évacuations des eaux dans les villes obéit à des contraintes de saturation évidente au plan humain et spatial.
Il est difficile de résumer les problèmes qui résultent, comme conséquences, du phénomène des inondations. Parfois, ils sont en étroite relations de cause à effet, et constituent un sujet mal abordé, voire un problème sans solution. Il s’agit des techniques de survie qui utilisent les ordures par exemple, de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, du niveau d’information résultant de la faiblesse du taux de scolarisation à long terme. Il s’y ajoute l’absence de structuration ou d’organisation spatiale avec un minimum de sécurité. La position desdits quartiers sur les marges de grandes villes les confine dans une marginalisation que les conditions environnementales, en processus actifs, exacerbent en confirmant le statut de « marginaux », (ici, il ne s’agit pas du propos péjoratif, mais de la position périphérique). 
La dernière décennie 2001-2011 a révélé un distinguo net entre la ville capitale du Sénégal représentée par Dakar, son prolongement de banlieue et les autres villes secondaires (Saint-Louis, Kaolack, Mbirkilane, Mbour, Bambey) qui n’ont jamais bénéficié de la même attention en cas d’inondation. Le déséquilibre dans les insuffisances d’assistance a suivi la hiérarchisation administrative au prorata des moyens de se faire entendre en cas de sinistre. Le cas de Saint-Louis peut être évoqué au moment où le canal de délestage a été ouvert sur la Flèche sableuse de la Langue de Barbarie (2002). La ville avait connu une alerte aussi en 1994. La structuration du Plan Orsec justifie, par ailleurs, le manque de considération, pour ainsi dire, pour les villes secondaires. En effet, la DPC actionne le déroulement du Plan Orsec suivant une graduation nationale, régionale et départementale. Et, par rapport aux moyens qui entrent en action, relativement à la logistique des Sapeurs-pompiers qui sont les plus actifs, et l’administration territoriale, toutes les insuffisances en matériel pour faire face aux inondations sont mises à nue. Ceux qui luttent contre les inondations dans les villes n’ont que les moyens des soldats du feu qui, disons-le clairement, n’ont pas les moyens pour faire face aux eaux des inondations. En effet, la catastrophe des inondations a montré le manque de moyens du ministère de l’Intérieur et des corps qui doivent aider à faire face. L’obligation de réserve attachée à la fonction ou la profession n’a pas empêché un de ses Chef, le Colonel O. Ouattara à demander plus de moyens techniques lors du Conseil Interministériel en 2009, ou plus de ressources financières et plus de célérité dans les démarches d’assistance en cas de catastrophe. La stratégie des motopompes est une solution technique adoptée en milieu urbain. Elle a montré ses limites. Le Sapeur et le Pompier doivent inspirer un autre corps spécialisé dans la lutte contre les inondations. Le maillage territorial montre des nœuds de faiblesse dans la distribution des casernes de sapeurs-pompiers. Sur 1500 sapeurs-pompiers engagés dans la lutte des inondations lors du déclenchement du plan Orsec en 2009, les 500 seulement étaient engagés dans les régions autres que celle de Dakar. Les insuffisances concernent les autres acteurs qui interviennent en soutien aux sapeurs-pompiers. Il s’agit  de la DPC et de l’ONAS dont les attributions excluent souvent les eaux pluviales. Ce qui a montré en 2010 l’apparition du Projet de Gestion des Eaux Pluviales (Progep) dans la région de Dakar. Certaines dispositions du déclenchement du Plan Orsec  par décret, autorisent la DPC à réquisitionner les moyens nationaux privés.[4]
Les campagnes et leur inondation : terres de culture et paupérisation rurale
Au Sénégal, le phénomène des inondations récentes est assimilé à un fait urbain. Cela est expliqué par deux points importants : un habitat dense et une  forte démographie urbaine ; une diffusion par les média qui relaient rapidement la situation de catastrophe qui affecte le milieu urbain à travers les réseaux d’influence et d’intermédiation politique.
Un bilan des zones inondées montrent que l’habitat rural est plus affecté par la pluviosité que par le phénomène de la stagnation des eaux. En effet, en milieu rural, un habitat de type plus précaire domine et reste fortement exposé aux intempéries notamment pluvieuses. La case traditionnelle est retrouvée et le bâti en banco (photo à Birkilane, une commune urbaine à peine sortie de sa ruralité et de Donaye). Dans le cas des villages de bordure du fleuve Sénégal, le type d’inondation continentale couramment enregistré a révélé des déplacements de villages entiers suivant une dynamique de fonctionnement migratoire fort ancien. Cette mobilité montre les rapports de balancement entre des villages en position surélevée et des villages de bord du fleuve. Les activités agricoles de crue et de décrue renseignent sur les valeurs économiques qui sont perdues en cas d’inondation. Les relais médiatiques ne sont pas des moyens d’intermédiation pour appeler au secours en milieu rural. Et sur le plan politique aussi, la structuration de la représentativité nationale confère peu de place et de voix au monde rural. Les statuts fonciers sont inscrits dans des assiettes dont l’inventaire se heurte à des conservatismes que les différentes réformes foncières ont du mal à affronter. En cas de sinistre, les systèmes d’appuis gouvernementaux ou étatiques ne réagissent que de manière urgente. Et le temps fait le reste, en attendant un autre événement. C’est de cette manière que la continuité étatique s’est manifestée dans la gestion des inondations, après la victoire des libéraux en 2000 jusqu’à la fin du règne en 2012 ;
Les victimes ou sinistrés
L’appellation recouvre plusieurs aspects dont les plus singuliers concernent l’état d’affectation des personnes en cas de sinistre. Toute une littérature a été forgée autour de la question relative à la victimisation. Il n’existe pas une approche homogène qui considère la situation de sinistre et décrète le statut de sinistré. Mais, il y a une auto-appropriation notée et appréciée par les personnes qui vivent la vulnérabilité en relation avec l’occurrence potentielle ou effective. En effet, les résultats de nos études ont déjà montré dans les appellations les victimes potentielles, les victimes réelles. Le flou est plus entretenu par les statistiques qui ne sont pas normalisées. Certaines incohérences sont relevées dans le dénombrement des familles victimes, des concessions et du nombre. Le nombre est souvent individualisé. Il peut être relativisé en concession ou famille. Le dénombrement est souvent fonction d’une démarche justifiée. Depuis quelques années, des remontées sont effectuées par les Chefs de quartier en relation avec les préfectures ou sous-préfectures. Et l’orientation dépend fortement de la structure de l’offre et de la demande. En effet, les renseignements fournis peuvent être fonction des attentes, notamment de l’aide et de la prise en charge. La situation dans les camps de « sinistrés » durant l’hivernage 2005 a montré que les victimes étaient partagées entre les locataires et les propriétaires. Au moment de la levée des camps de sinistrés, l’évocation de l’indemnisation a révélé des stratagèmes de victimisation. Les victimes véritables qui vivent dans les zones inondées ou inondables sont en situation de location auprès des propriétaires. Il s’organise deux catégories de victimes. Les propriétaires des maisons installées dans des sites à risque et leurs victimes : les locataires. En 2005, le déplacement des personnes victimes propriétaires de maisons inondées vers le site de « recasement » appelé Jaxaay montrera la prouesse imaginative des victimes qui ont posé la question de la victimisation. Qui est victime ? Les indemnités reçues ont poussé certaines victimes en position de locataire à occuper à nouveau des sites vulnérables et à continuer à garder le statut de victimes potentielles. Certains propriétaires qui ne sont pas déplacés sont allés réoccuper leur maison ou les confier en location. Des stratégies qui doivent être étudiées de manière approfondie. Les explications s’appuient sur les conditions de déplacement qui ont été posées après le sinistre de 2005 dans la région de Dakar. Ce qui a poussé les victimes des autres régions à réclamer, au nom d’une équité entre les citoyens d’un même pays, un plan de « recasement ». Avant la mise en place du plan Jaxaay, les victimes des autres régions ont toujours réclamé leur plan Orsec. L’Etat, dans le cas du plan Jaxaay, a posé les jalons d’une utilisation de la catastrophe à des fins politiciennes. Les victimes ont servi la cause politique, notamment le différé des élections législatives et la mobilisation des moyens qui suscitent jusqu’à présent un débat dans la thématique de la gouvernance générale et surtout de la transparence. Des chiffres effarants sont évoqués quant à la prise en charge des victimes. Des grincements de dents ont été notés, au nom de l’égalité et de l’équité entre victimes dispersées à travers le pays. Cette question, fortement calquée sur la structuration administrative et politique du pays, ne manquera pas de s’inviter dans toutes les démarches de réponse en situation de catastrophe, notamment celles relatives aux inondations. Si en 1999 quelques faits de détournements ont été enregistrés dans la distribution des vivres destinés aux sinistrés, notamment à Kaolack et Vélingara, les années qui vont suivre sont en quelque sorte, des périodes d’expérimentation de la mal gouvernance de la catastrophe. Les sommes qui sont annoncées pour soutenir les sinistrés sont effarantes. Déjà les méthodes d’estimation sont complètement en porte à faux avec  la réalité du terrain. On déplace à Dakar, on nourrit, on indemnise. Alors qu’ailleurs et particulièrement en milieu rural, l’assistance est laissée au voisinage en cas d’urgence. Il n’y a aucune organisation dans les démarches de prise en charge. L’autorité est fissible dans une sorte de dilution par amateurisme. Le ministère de la famille et de la solidarité s’est substitué au ministère de l’intérieur dans ses attributions d’assistance en cas de sinistre. L’année 2005 doit être burinée dans les tablettes historiques de l’assistance sociale suivant une démarche politique inédite. Installés dans deux camps (CICES et camp militaire de Yeumbeul, comme des refugiés environnementaux, les sinistrés sont pris en charge (nourris aux frais du contribuable et indemnisés). Ils seront lâchés sans avertissement. L’hameçon délesté De son appât, le piège politicien s’est refermé sur les victimes des inondations de la région de Dakar. Le plan Orsec est levé. Le terme consacré a été la « levée des camps de sinistrés ». L’intermédiation du religieux maintien l’hébergement. Des pécules sont distribués. Le rideau est baissé. On continue le jeu de rôles par la mise en scène du plan Jaxaay qui devient par la suite le fameux Programme de Construction des logements Sociaux et de Lutte contre les Inondations en Banlieue  (PCLSLIB) qui peine à être achevé.
Victimes
Année
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
Dakar et banlieue
25000 Familles
1062 Familles
27000 Familles
Total National
50300
200000
350000
500000
650000
Tableau 1 – Evaluation des victimes par recoupement de sources diverses (Plan Orsec, etc.).
50 300 personnes sinistrées en 2003 et 200 000 personnes en 2004
          Inond’Actions
          Oxfam
          Caritas (Kaolack)
          D’après le PDNA (des experts internationaux nationaux ont évalué les besoins post-catastrophe). Ils sont recrutés pour la plupart parmi les personnels des structures qui ont financé l’étude (à hauteur de 2 milliards de francs CFA par l’Union Européenne et la Banque Mondiale).
          Banque Mondiale
          Global Fund for Disaster Risk Reduction GFDRR
          PNUD/BCPR
          CEPALC
          PNDL
          Cities Alliance
          Commission Européenne
          OCHA
          PAM
          UNICEF
          Pour le Gouvernement de la République du Sénégal, le Ministère de l’Intérieur, à travers la Direction de la Protection Civile (DPC), avec l’appui technique du Programme National de Développement Local (PNDL), a coordonné la participation des équipes du Gouvernement. Ces dernières, entièrement engagées dans l’évaluation sur le terrain et la rédaction des rapports sectoriels, étaient composées de :  (la SG des femmes leaders de Pikine en GRC), le GNSP, le PCLSLIB/ Plan Jaxaay, le ME/ DEE, la Présidente des femmes leaders de Guédiawaye, la Direction de l’Urbanisme, la DPIC/MSPM, DPC MINT, la DREEC, le Ministère du Commerce, ARD-Dakar, HASSMAR, la Ville de Guédiawaye), la Direction du Projet Autoroute APIX Sa., Service National de l’Hygiène, Service Départemental du Commerce Pikine), le Médecin-chef du district Mbao), la Gendarmerie Nationale, ANSD/ MEF, MUHCH/Plan Jaxaay, la DAT, le projet Habitat CDS/ONU, le Projet Jaxaay/ MUHCH, le PCRPE, l’ONAS, la DPCE/SONES, le Service Départemental du Commerce Guédiawaye.
          L’équipe de rédaction de l’évaluation conjointe a travaillé en étroite collaboration avec ces partenaires.
          Dans les jours qui ont suivi le déclenchement du plan ORSEC, les premières évaluations des dommages et des pertes ont été réalisées par la Croix Rouge Internationale, le Programme Alimentaire Mondiale (PAM), les acteurs du Plan ORSEC, notamment le Groupement National des Sapeurs-Pompiers (GNSP), le Service Nationale d’Hygiène et les préfectures des départements de Pikine et Guédiawaye. Ces évaluations initiales ont grandement contribué à l’élaboration du présent rapport et l’équipe de rédaction tient à exprimer sa gratitude pour le travail fourni.
          L’étude d’évaluation des besoins n’a pas intégré les acteurs les plus permanents que l’on enregistre dans les zones inondées. Il s’agit particulièrement des Associations de sinistrés et de victimes des inondations. Les mouvements associatifs qui ont très présentes dans toutes les démarches de revendications en vue de sortir la banlieue de Dakar des eaux des inondations. L’étude financée par des bailleurs qui ont été, en prédominance dans leur système, les experts. Cela montre la distanciation évoquée par ailleurs. Les études proposées coûtent toujours chère. Les sommes injectées auraient mieux servi à renforcer la faible intervention étatique et les formes de quémande relayées par le téléthon et certains artistes. Le rapport ne propose pas les solutions adéquates.  Les solutions sont dans les mesures d’anticipation et de réponse. Les Ongs locales n’ont pas été associées à l’étude. Les autres acteurs (Mouvements religieux musulmans et la solidarité islamique) ne figurent pas dans le listing déroulé en annexe. Les acteurs individuels célèbres sont des artistes – La chanteuse Coumba Gawlo Seck, le mannequin Fabienne Felhio accompagné du Comédien Kouthia. Les acteurs politiques sont dans les autres associations d’intermédiation, mais ils ne font pas partie des victimes.
La catastrophe au cœur des questions de justice, d’équité et de démocratie
Jusqu’en 2010 postérieurement aux inondations de 2009, l’analyse des besoins post-catastrophe l’a emporté sur la gestion anticipée (Rapport Gouvernement du Sénégal 2010). Des catastrophes trop politiques – La responsabilisation est un thème qui accompagne les inondations. Les manifestations primaires sont dirigées contre les municipalités où des exactions ont été menées de manière régulière. Ensuite, la violence a été toujours transférée vers les routes principales.
Impacts politiques des inondations. La perte de confiance politique n’a jamais été intégrée dans l’évaluation des coûts et des pertes. L’électeur n’a plus confiance à l’élu. Alors, par les élections régulièrement  organisées, le mécontentement s’exprime de plusieurs manières et, de ce point de vue, les formes de réactions ne sont pas suffisamment évaluées.
L’inversion de majorité semble être une appréciation possible. L’exploitation du mécontentement à des fins politiques est aussi un fait. La manière dont les situations sociales et politiques sont imbriquées reste difficilement explicable. L’abstention des électeurs et le rejet des politiciens sont des faits politiques qui ont été notés en 2009. Abdoulaye Wade a été interdit de campagne électorale à Médina Gounass où son parti politique remporte finalement les élections locales. Ni contradiction, ni gageure, il émerge ici une réalité politique des majorités mobiles, déplacées à partir  des sites de recasement vers le lieu d’implantation originelle où ils ont voté). Ces majorités politiques portent le nom des cars de transport en commun (majorité Ndiaga Ndiaye ou car rapide est le terme consacré). Nulle part ailleurs, partout à Pikine, à Guédiawaye le parti au pouvoir a été sévèrement battu. La suite est plus complexe. Des découpages communaux suivent avec délégation spéciale et érection de Jaxaay en commune. Immédiatement après les élections locales de 2009, les passes d’armes sont épiques entre le pouvoir gouvernemental et l’administration locale qui a remporté les élections communales. La stratégie de sanction décisive des populations à la base ne rencontre pas une réponse adéquate des autorités locales. Il s’agit de petites communes qui n’ont pas les moyens et notamment ne sont même pas en mesure de satisfaire les demandes minimales en cas d’inondation. Dans la région de Dakar, le Président du Conseil Régional est monté au créneau pour respecter les promesses de Benno Siggil Sénégal. Mais les tentatives sont les mêmes, à l’aide de motopompes et de camions hydro-cureurs et de camions citernes. Le Plan Orsec va prendre finalement le relais, sous la pression de la rue et des politiques.
Deux mois après les élections de mars 2009, l’ARD, consciente du manque de ressources financières et, au vu de l’immensité de la tâche, face à une situation imprévisible et particulièrement empreinte d’une possibilité de manifestation violente menées par les victimes, elle tente d’élaborer une stratégie dite de renforcement des capacités des collectivités locales (inédit 2011). Il faut rappeler que parmi les thèmes de campagne figurait la lancinante question des inondations et que le front gagnant qui est une association de partis politiques avait bien élaboré un document intitulé « comment Wade a noyé 52 milliards dans les eaux de la banlieue ». D’autres échanges houleux et contradictoires vont accompagner la défaite du pouvoir central aux élections locales. Et ceux de l’opposition inaugurent un test perdu d’avance, faute de ressources, de programmes et de stratégies techniques.
L’estimation des besoins du CRD-ARD est loin en dessous du chiffre auquel ont abouti les experts de la Banque Mondiale en 2010. En termes de mécanisme de financement, la structure en place compte solliciter les bailleurs et la Société civile en élaborant des requêtes de financement pour une somme modique de 3 047 970 292 FCFA.
Types de besoins
Montant total en
 FCFA TTC
Besoins en motopompes
720 517 212
Besoins en tuyaux
1 217 940 000
Besoins en carburant
22 456 440
Besoins en matière de curage de canaux et de vidange de bassins
807 550 000
Besoins sur le plan sanitaire
208 635 000
Besoins en matière d’hygiène
70 871 640
Total
3 047 970 292
Tableau : 2 – Budget de la phase d’urgence de la stratégie, CRD-ARD, mai 2009, p.5.
Les inondations politiques au Sénégal entre Arrogance et incompétence (CSE, India).
Devant l’urgence, le lancement d’un téléthon est programmé. Son exécution ne rapportera que 82 000 000 FCFA. Cette somme est finalement remise au Ministre des Collectivités locales. En effet, devant l’ampleur de la catastrophe des premières inondations de l’année 2009 en banlieue dakaroise et des efforts de pompage des eaux, l’ARD dut jeter l’éponge et sollicita l’intervention de l’Etat. Entre l’Etat et la majorité politique, une confusion de rôles semble établie et pourtant ça n’est pas la même chose. Les acteurs politiques sont tellement indexés en situation de catastrophe. L’eau est utilisée dans une fonction cathartique au point de vue politique (purifier les démarches sociales et les enrober d’éthique), en vue de demander aux politiques de respecter leur engagement consistant à mettre fin aux phénomènes des inondations. Il s’établit une crise aux relents éthiques, égalitaires et démocratiques.
Insuffisance des réponses ajustées à la pauvreté
Faiblesse des textes de loi et des codes additionnels
Parmi les éléments d’inventaire microéconomique que, nombre d’études ou de références ont omis d’évoquer, l’enseignement privé doit être inscrit au frontispice des inconnues. L’enseignement arabe, au sein des écoles coraniques (daras) et des mosquées ou ailleurs, n’est même pas signalé.
Certaines infrastructures communautaires les plus affectées n’ont pas été évaluées. Il s’agit particulièrement des mosquées, morgues ou cimetières. Qui connaît leur coût, si leur rapport productif n’est pas dans l’ordre standard de mesure macroéconomique ? Les systèmes communalistes qui, de longue date, ont été organisés au sein des quartiers vont être bouleversés, voire démantelés dans les zones affectées par le phénomène des inondations (associations, système de mutuelles financières, associations culturelles et religieuses). Il s’y ajoute les Associations Sportives et Culturelles (ASC). Elles sont actives à la période des vacances scolaires où se déroulent les inondations qui hypothèquent, pour de nombreuses raisons, (terrains inondés), le déroulement de ces activités. Au plan culturel, ces activités qui entrent dans le cursus social des jeunes, ne peuvent pas être évaluées. Financièrement, les activités de vacances ne sont pas improductives. En 2010, les ASC ont développé une stratégie de soutien inédite. Des contributions par ASC ont été enregistrées depuis les ODCAV jusqu’au ONCAV (démembrements structurés). Des actions d’intervention à forte valeur ajoutée ont été conduites sur le terrain en vue de sortir les eaux des zones inondées. Il s’agit d’un exemple à méditer et à ramener au vu de tous les acteurs politiques, sociaux et des partenaires qui appuient le développement. La suspension des activités sportives de saison pluvieuse hypothèque les stratégies de résorption de l’oisiveté, de la délinquance et d’autres formes de déviance des jeunes.
 Les affections cultuelles (sites de croyance et d’adoration) et psychologiques (cellules d’appui psychologique et les statistiques médicales d’accès très difficile) sont deux dimensions qui n’ont été abordées de manières diffusées par les média de manière superficielle ou bien rarement.
Il y a seulement les coûts attachés aux investissements des habitats. La question doit être reprise, bien posée et bien évaluée. L’abréviation réductrice autour du manque de valeur en raison du critère foncier, de quartier irrégulier (spontané ou flottant) pose toute la problématique des estimations officielles menées par des spécialistes, suivant des formats standards, particulièrement propres aux pays développés. La réalité des banlieues sénégalaises doit être reprise dans les évaluations macroéconomiques, en termes historiques, économiques, sociales et politiques. La notion de sites ou quartiers irréguliers doit être ramenée en surface d’un débat profond. En effet, un Etat organisé ne doit pas utiliser cette appellation, loin s’en faut, ou s’en référer pour avouer son incompétence à conférer un statut juridique foncier à la terre ou à un habitat pour des propriétaires, des communautés. Ce qui fonde même une perte pour le recouvrement d’une taxe, d’un impôt qui aurait pu servir à une action de développement. Cette appréciation, au plus haut niveau, confère un statut marginal organisé, en réalité, par la mise en texte juridique discriminatoire. Dans le cas des villages rattrapés par les villes et, portés au statut de communes par d’autres textes de la décentralisation, une adaptation des textes pourrait ne pas passer par une désorganisation ou un désordre appelé restructuration. Alors, qu’aucune structuration n’a jamais été opérée. La situation d’inondation pose d’autres questions qui participent de la complexité de cette catastrophe nationale.
En effet, les activités menées par les différents groupes sociaux doivent être revues au regard de la mesure de la perte. Il n’est pas question de métrologie ‘’macroéconomique’’ opposée à une microéconomie qui fondent le Pib. Les nuisances qui peuvent être évoquées comme facteurs de réduction du bien-être comprenant, entre autres nuisances, l’absence de sommeil. Il est intéressant de réfléchir sur ce que fait  la Croix rouge dans les pays riches en cas d’alerte précoce avec les réservations de chambre d’hôtel pour les victimes potentielles. Alors que depuis l’indépendance du Sénégal, la Croix Rouge a toujours procédé en distribuant des secours d’urgence comprenant entre autres, des couvertures, des nattes, du savon, de l’eau de javel, etc. L’aide est souvent fonction du niveau de richesse. C’est dans la pauvreté que l’on mesure l’inégalité dans l’aide apportée par les organisations d’appui au développement. Elles appuient le développement de la pauvreté.
Par ailleurs, une psychométrie de rôle du risque peut être notée dans les comportements d’éducation et de surveillance des enfants qui vivent dans des prisons de « zones amphibies » toujours surveillées en zone inondées. Les parents ne sont jamais rassurés de l’absence des enfants, des jeux auxquels ils se consacrent. On les enferme dans les cours des maisons ou dans les chambres lorsqu’on doit s’absenter pour éviter les accidents notamment les noyades. Les familles ont peur. Elles doutent, perdent espoir, surtout de la perspective des lendemains incertains, lorsqu’il pleut la nuit.
Les pertes en vie humaine figurent parmi les statistiques les plus abrégées. Certains rapports les évoquent de manière tellement désinvolte que le rappel est parfois banal, seulement numérique. On peut dire que ces pertes relèvent des accidents physiques naturels. On ne connaît pas le nombre de victimes directes et indirectes. Les accidents sont rangés dans le registre des incidents. L’histoire de M. Ndao au camp de Thiaroye a été accompagnée d’épisodes sans fin entre 2005 et 2011.
Les maladies fortement attachées à la catastrophe ne sont connues que dans la chaîne des épidémies (choléra, conjonctivite, paludisme). Déployée en 2005, la Cellule d’appui psychologique du Ministère de la santé n’a pas été active les années suivantes. Pourtant les statistiques relatives aux affections psychologiques ne semblent pas être privilégiées dans les démarches d’assistance. L’arrêt de l’intervention de cette cellule est démonstratif de la banalisation de la situation de catastrophe et de ses nombreux impacts aux plans sanitaire et vital. C’est comme si les situations de stress, de traumatisme psychologique, appartenaient au Sénégal à une culture de banalisation du risque. En fait, vivre avec les inondations, au vu d’une situation du risque banalisé, apparaît comme une sorte d’adaptation fortement liée à la pauvreté.
Certaines maladies qui ont des conséquences et des séquelles inadmissibles ne sont même pas recensées le plus souvent par certaines organisations qui sont actives sur le terrain. Dans les statistiques qui évaluent les pertes, on doit ajouter : le coût de la prévention : loin des insecticides – il s’agit des matériaux de construction et de bricolage collectés souvent durant 6 à 9 mois d’épargne (sable, produits de démolition, ciment, Nossiter 200 ?). Ensuite, s’y ajoute le coût des soins et des médicaments, etc.). Il faut dissocier, dans ce cas les maladies, du mal-être. Ce dernier concept n’a pas besoin d’être théorisé. Il est apprécié sur le terrain par les populations : accessibilité, odeurs, bruits avec croassement des grenouilles, la hantise des reptiles, des eaux de pluies, des eaux drainées des autres quartiers et des fosses septiques, des remontées capillaires, du manque d’eau courante – l’alimentation peut être coupée par le service de la SDE pour inaccessibilité et les fuites indécelables en raison des eaux qui stagnent. Il faut y ajouter l’obscurité dans le contexte des coupures d’électricité. Certaines coupures d’électricité sont dites de sécurisation. Elles consistent à isoler les zones inondées en les installant dans l’obscurité pour éviter les risques d’électrocution et, l’inaccessibilité aussi, pour la relève des compteurs d’électricité. L’inaccessibilité du fait qu’il faut patauger pour arriver au site d’habitation et, qui offusque vis-à-vis des voisins, des parents. Cette situation, à elle seule peut représenter une contrainte de distanciation, d’isolement, de marginalisation et d’égo personnel dont l’analyse peut être revue par les anthropologues et sociologues (Wone 1999).
En 2010, c’est l’année qui suit la défaite du pouvoir libéral aux élections locales. La banlieue de Dakar, zone d’enjeu électoral pour son bassin démographique dans le total du fichier des électeurs potentiel, préoccupe le gouvernement libéral. C’est cette année même que le Premier Ministre propose de déplacer les victimes des inondations, d’abord à Diamniadio, ensuite à Tivaouane Peul (revoir les maisons-témoins préfabriquées, parpaings et enduit en chape lisse et peinture bleue aux couleurs du PDS). Ce programme est un mort-né. En effet, les retrouvailles sur le terrain conduisent à un dialogue de sourds et l’évocation des responsabilités et de la responsabilisation oppose les victimes au Chef du gouvernement. Finalement le site-test restera en l’état et à l’Etat. Les pluies ne confineront les populations que dans la détresse. Durant toute la saison des pluies 2011, les populations victimes des inondations, dans la région de Dakar, ont continué à réclamer un autre plan Jaxaay, alors que le premier est toujours en cours de réalisation dans une confusion terrible. Dans les autres régions du pays, les victimes des années précédentes et celles de l’année 2010 aussi ont demandé une décentralisation du plan Jaxaay.
En 2011, les démarches du gouvernement sont singulières. En effet, le Premier ministre visite les localités régionales et les communes d’arrondissement de la banlieue de Dakar de manière sélective. Il s’adresse aux comités locaux de lutte contre les inondations. Il distribue aussi des enveloppes de 10 000 000 Fcfa. Les actions qui doivent être menées sont les mêmes ‘’écrêtage des bassins, fourniture de tuyauterie, de motopompes et de carburant. Les autorités gouvernementales parlent de déversoirs et d’interconnexion des systèmes de drainage en vue de constituer deux grands systèmes avec les lacs Youi et Warouaye. On ne veut plus déplacer les populations à qui on s’adresse suivant une forme de distanciation et d’intermédiation politiques. Les maires du Front Benno Siggil Sénégal et ceux du Parti au pouvoir (PDS) ne sont pas logés à la même enseigne. Les populations ont un seul slogan, durant l’année 2011. Elles ne réclament plus de motopompes, mais la canalisation seule les intéresse. Et c’est cette année que le ministre de l’hydraulique chargé de l’assainissement a, le plus minimisé les impacts des inondations. Le travail de prévention a utilisé une stratégie de canalisation à l’aide des buses qui ont été prélevés de la zone de Thiaroye où le forage a été mis aux arrêts (photo). Le PAQPUD et les autres programmes d’assainissement sont incriminés quant aux rejets domestiques qui ont rehaussé le niveau de la nappe en association avec les infiltrations des eaux de pluie. Alors qu’une théorie qui a fortement prospéré continue de demander le pompage de la nappe qui pourrait soulager des quartiers qui sont victimes des remontées de la nappe. Avec l’exécution du drainage anticipé sous la canalisation vétuste, une petite réussite a été obtenue quand elle a été renforcée en appoint par des motopompes. L’interconnexion des différents systèmes de drainage jusqu’aux deux lacs a soulagé quelques quartiers. Mais le lotissement des HLM de Keur Massar semble avoir fortement souffert des inondations des trois dernières années de fin de règne du régime libéral.
Le 22 juin 2011, à la veille des joutes épiques à l’Assemblée Nationale (projet de loi instituant le ticket Président – Vice-Président et le ¼ bloquant), tous les maires des communes d’arrondissement de la région de Dakar sont réunies en journée de réflexion sous la Présidence de M. El Hadj Malick Gakou, Président du Conseil Régional de Dakar. Le thème portait sur la Stratégie de renforcement des capacités des Collectivités locales de la région de Dakar face aux inondations. Une visite de sites est prévue. Cette réunion sera complétement perturbée par les grenades lacrymogènes qui tonnent à deux pas. Après le déjeuner, la rencontre au Centre Daniel Brothier modifie tout le calendrier des attentes et la suite des événements. Cet aspect explique la prégnance des préoccupations politiciennes sur toute tentative de trouver une solution durable aux inondations qui apparaissent en épiphénomènes aux yeux des professionnels de la politique tous bords confondus.
Questions de perte et de pauvreté économique
Tout dépend de celui qui estime les pertes. L’Etat, la Banque Mondiale, les Ongs, les victimes. Qui perd ? Et qu’est-ce qui est perdu ?
Beaucoup tentent une incursion dans le soutien aux victimes. La plupart opère une entrée éphémère. La Croix Rouge semble être la plus permanente
Liste des Ongs identifiées et ayant marqué de leur sceau une présence auprès des victimes ou des autres acteurs. Lorsqu’on s’arrête sur les sites abandonnés, on se rend compte du nouveau de pauvreté quant à la reconversion. D’autres occupants reviennent après quelques mois en situation de locataires. Des teinturiers qui recyclent l’eau des inondations en vue de mener une activité qui rapportent de faibles revenus utilisent l’eau en volume rejeté très important en s’installant dans les sites inondés. Les autres squatteurs sont dans la catégorie sociale marginale et ceux qui attendent la baisse des niveaux pour occuper une courte période des sites insalubres à moindre frais.
Solutions durables en questions politiques : l’exemple du plan Jaxaay, une solution improvisée aux impacts rédhibitoires
L’annonce d’une réponse politique visant à déplacer les victimes des inondations a été fortement relayée durant l’hivernage 2005. Au cours de cette saison les victimes des inondations de la banlieue de Dakar sont hébergés dans des écoles, au camp militaire de Thiaroye et au Cices ou Foire de Dakar sous des tentes avec l’appui logistique de l’armée nationale. Comme une réaction, suite à une forte médiatisation de ses conseillers, le Président de la République décide de prendre en charge les victimes des inondations. Il décide de les déplacer et de les loger dans une cité moderne. Le programme est ambitieux, irréalisable. Il ne mesure pas l’urgence et la complexité de la structure de la demande ou des victimes et de la victimisation (cf. supra).
Le site est trouvé auprès d’un programme la SN-HLM qui cède environ une centaine d’hectares à l’Etat du Sénégal. Il s’agit d’extraire de son projet de 13000 parcelles les 3000 qui seront affectées en vue d’y transférer les victimes de différents quartiers de certaines communes d’arrondissements de la banlieue de Dakar. Une Agence Nationale de Lutte contre les Inondations et les Bidonvilles (ANLIB) est vite portée sur les fonts baptismaux, des fonds de solidarité et d’urgence sont agités pour répondre aux calamités. Cette agence sera remplacée par le PCLSLIB / Plan Jaxaay). Deux réponses politiques et sociales sont imbriquées. Pour l’Etat, l’ambition est de reporter des élections aux enjeux indéterminés (les législatives doivent être couplées avec les élections présidentielles dans un contexte politique très tendu qui suscite un débat de la thématique couplée et découplée, couplage, etc.). La deuxième stratégie de réponse qui semble moins évidente est de réaliser des économies financières pour assister les concitoyens affectées par les inondations et cela uniquement dans la banlieue de Dakar. Une prorogation du mandat de la législature de l’époque aura intégré l’échelle des coûts politiques pour une fausse réussite de l’assistance sociale. De tout temps les ressorts de l’assistance d’urgence sont accrochés aux piliers sociaux du voisinage, des associations, des autres mouvements qui composent le réseau de solidarité qui interviennent en cas de sinistre au nom de l’éthique (Loum 2011).
L’Etat compte ériger une cité de 3000 parcelles qui ont chacune une superficie d’environ 50m². La recopie des bidonvilles ressemble à une sorte de production par incrémentation, car les densités d’occupation qui risquent d’être obtenues à terme sont inédites avec 210 habitants à l’hectare en moyenne ou 22 personnes par maison de 50m². Il s’agit en effet, de mettre en place un habitat planifié qui reprend les mêmes faiblesses notées dans les zones inondées en organisant uniquement le découpage parcellaire de manière régulière par rapport à une certaine voierie. L’absence de réseau d’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales illustre parfaitement cette insuffisance.
Période d’attribution
Nombre de logements attribués
Population estimée
Août 2006
315
3465
2007
677
7447
2008
1325
14575
2009
1793
19723
Juillet 2010
1917
21087
Septembre 2010
1952
Source : Etat des attributions en 2010, PCLSLIB/Jaxaay.
L’absence de réseau d’évacuation des eaux usées et des eaux pluviales a posé de sérieuses difficultés aux populations. L’habitat devient un système de collecte des eaux, alors que l’infiltration au niveau des formations sableuses de ce site a été modifiée, le système de drainage a été également perturbé par les terrassements menés à la va-vite devant l’urgence. Il s’y ajoute la coalescence des eaux collectées par la nouvelle forme d’occupation spatiale. En effet, elle entraîne une stagnation et, comme une ironie de l’histoire, la cité Jaxaay a manifesté ses premières peur d’inondation en 2010 et 2011 avec l’inaccessibilité qui l’a confinée dans la commune d’arrondissement de Sangalkam faute de route aménagée. Seule une piste latéritique permet d’y accéder. Le problème est déplacé. Jaxaay ne semble pas être une bonne solution, mais un problème créé comme réponse improvisée et qui aura coûté cher à l’Etat du Sénégal. En effet, l’exemple du Plan Jaxaay apparaît comme une désillusion sociale qui emporte les victimes logées et celles qui sont en attente d’être déplacées. La réalisation est inachevée et la demande populaire est de plus en plus forte. Les victimes, en attendant, l’Etat, entrent dans  un dilemme expectatif. Et l’Etat attend la catastrophe. Pourquoi attendre la survenue de la catastrophe ? Tout le mal est là. Un statut zonal est conféré aux victimes potentielles. Elles vivent dans les zones inondables. Les victimes permanentes vivent dans les zones inondées en permanence. Les victimes virtuelles vivent la menace d’être inondée dans des zones dites inondables. Il y a toute une littérature de la victimisation. La lecture a été souvent faite à travers la construction des concepts attachés à la catastrophe et au sinistre qui en découle ou qui pourrait en résulter. Attendre l’Etat : les victimes n’attendent plus rien de l’Etat. Les victimes officielles sont indexées par l’Etat. Les autres sont celles qui suivent l’organisation et la hiérarchisation territoriale en appartenant aux autres régions, autres collectivités locales. Il y a lieu d’y ajouter les victimes des victimes – ou les politiciens pris au piège de l’alerte et les administrations territoriales sollicitées en cas d’urgence.
Conclusion
Les inondations saisonnières ont occupé le champ des politiques gouvernementales durant les douze années du régime libéral avec une intensité de manifestations et de réponses variables en fonction des phases d’euphorie ou de fin de règne. Au moment où se manifestaient les inondations récentes, les sites conquis par les citadins d’une catégorie singulière (déplacés, déguerpis urbains, migrants ruraux) n’offrent pas une garantie de gîtes durables. L’hypothèque foncière est partout enregistrée dans le prolongement des villes du Sénégal. Une civilisation nouvelle de la banlieue a émergé suite à l’attrait mirifique qui est loin de refléter une solution à la crise économique et à la tension qui a comprimé les ressources tirées du secteur moderne. La stratégie d’occupation spatiale est opérée à partir de quartiers en grappes. Ils s’agglutinent aux villages urbains (Thiaroye, Yeumbeul, Pikine irrégulier, Malika) qui ont des statuts dits traditionnels.
Les apports hydrologiques sont influencés par le contexte climatique qui se rapproche d’un retour de la moyenne des précipitations connues. Ces dernières entraînent surtout en milieu urbain des stagnations qui reconfigurent dans certains cas le système de drainage ancien qui finit de produire le drame des inondations. En milieu rural, les catastrophes dues aux inondations sont souvent plus dramatiques que celles enregistrées en zone urbaine. En effet, en affectantl’habitat et les cultures, les eaux qui affectent les ruraux en surplus hypothèquent de manière exacerbée lorsque les systèmes d’assistance formalisés exclusivement ou particulièrement au milieu urbain, empêchent la prise en charge. En effet, au-delà de la dichotomisation urbaine-rurale, la catastrophe des inondations révèle les inégalités environnementales symboliques d’autres inégalités sociales. La catastrophe a son répondant politique qui est tellement profond qu’il apparaît comme un démembrement de l’activisme politique. Par l’appel au secours, les victimes des inondations ont tenté des solutions individuelles (associations des victimes, des sinistrés, appui des Ongs, etc.). Elles ont aussi initié des solutions communautaires et communalistes, mais les tentatives inédites de sollicitude recoupent des formes souvent violentes qui ont pris parfois des allures d’exaction et auxquelles il faut attacher une grande attention. Dans tous les cas, les politiques ont plus réagi qu’elles n’ont répondu de manière organisée. En essayant de s’appuyer parfois sur des textes de lois vides (la Constitution ne fait cas que par des généralités qui adressent la catastrophe, les additifs  que sont les codes ne peuvent pas soutenir les initiatives. Le cas de la démarche du pseudo programme appelé « Jaxaay » illustre le tâtonnement, l’improvisation l’utilisation de la catastrophe et de ses victimes à des fins politiciennes indéniables. L’ordonnancement des textes et des entités foncières participe des faiblesses qui contraignent la mise en œuvre d’actions en vue d’obtenir un réseau d’assainissement national. Du point de vue technique la déclamation des déclarations de politique générale ouvre la boîte de pandore. Que des insuffisances attachées certes aux textes, mais surtout aux démarches de financement. Elles commencent par des études qui évoquent des besoins post-catastrophe. Elles doivent être remplacées par des besoins d’anticipation  et de réponses en vue de produire des solutions durables. Les inondations peuvent être autant des questions politiques et de politiques qui convoquent tous les acteurs de développement, notamment les bailleurs qui se préoccupent de la pauvreté, de l’éducation et de nombreux autres aspects socioéconomiques. Les bilans qui insistent sur les équilibres macroéconomiques passent complètement à côté des solutions désirées. L’utilisation de la catastrophe, par la victimisation soulève d’autres interrogations qui ramènent l’égalité entre citoyens, l’éthique et la démocratie en cas de catastrophe (Loum 2011). Les aires de régularisation foncière officielles sont opposées aux sites dits irréguliers, sites insalubres, sites inondables et finalement inondées. L’Etat structure la catastrophe et les victimes, pour finalement forger des appellations qui renseignent sur les niveaux économiques (Etat, Citoyen) complètement déséquilibrés et déstructurés. Certains bailleurs ne sont préoccupés que par les équilibres macroéconomiques et ont une vision déformée du sinistre à l’échelle des composantes sociales démunies. Ce qui cache la réalité du bilan en termes de coûts et pertes  faibles en ce sens que certaines infrastructures financées ne sont pas concernées. Alors que le détail des pertes frise la sinistrose par des processus d’accumulation année après année. Par les eaux des inondations sont révélés les niveaux d’incompétence et de faiblesse de la protection et de la défense civile par l’Etat. C’est un fait. La profondeur des stigmates n’est pas bien connue. Les coûts et les pertes restent à être mieux théorisés, étudiés en vue d’assister les victimes des inondations. Ces dernières ont développé de tout temps une adaptabilité qui a fini de montrer les stratégies d’ingéniosité situationniste. Les actions ont souvent inspiré l’Etat dans ses réponses de bricolage. Et aujourd’hui, la situation est au point mort. Les victimes attendent toujours l’Etat dans une désillusion sociale, mais au fond, elles n’espèrent rien. 
        

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